mardi 17 juillet 2007

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Liminaire

Sans crainte d’exagération, je pourrais classer ce recueil d’autobiographique. En effet, il dévoile des pans de vie qui n’ont appartenu à personne d’autre qu’à la narratrice. Certains nous ramènent au creux de nous-mêmes. Tout alors nous intéresse. Par le biais de personnages pittoresques, de lieux d’une enfance heureuse, d’objets qui accompagnaient le quotidien, de voyages hors du nid, tout cela ponctué de tendres méprises, l’émotion est là, trahissant la sensibilité d’une peine ou tout simplement d’un bonheur de vivre. Oui, l’ensemble de l’ouvrage témoigne d’une fraîcheur et d’une spontanéité qui resurgissent soudain à l’évocation de charmantes anecdotes, lovées qu’elles étaient au creux de la mémoire.

Trônent les personnes tutélaires, celles qui ont forgé l’âme et le cœur de l’auteure : sa mère, figure de douceur à qui les filles aiment faire des surprises ; son père, habile conteur à la langue imagée, que consulte même Marius Barbeau ; son grand-père, attendri devant le charme de cette petite dernière. Gravitent tout autour sa sœur Gillot, l’émancipée ; Marie et Madeleine, dans la fraîcheur matinale du jardin, l’une responsable de sarcler les plantes à large feuillage, l’autre traquant la chevelure fine des carottes ; Germaine pleurant son bandeau égaré ; Cécile aux doigts de fée ; Marguerite et Claire, complétant le quatuor des grandes ; le frère unique Jean-Charles qui sait tout faire, même réparer des attelages.

Une autre famille lui est donnée : Claude qui ose écrire à l’École normale de Nicolet et séduire ainsi et la demoiselle et la supérieure du couvent, puis quatre beaux enfants grandissant sous l’arbre en fleurs.

Le cercle s’élargit vers la parenté et les amis. Ici, le petit fait cocasse et le quiproquo campent les acteurs : Monique et son fort accent belge, Micheline l’infirmière, qui enseigne vite comment faire une piqûre, la tante qui oublie tout, même son bébé ! Les lieux changent mais Kouchepagane reste au cœur des cercles qui s’ouvrent vers Jonquière et Chicoutimi, vers l’Europe ; jusqu’au récent port d’attache, tout près des Plaines d’Abraham.

Nous retrouvons dans une langue savoureuse les mots et expressions du terroir ; mots de tous les jours qu’il plaira de conserver grâce à cette lecture. Ainsi, objets et choses deviennent évocation. J’ai aimé la charmante robe en peau d’ange, les poches de sucre en coton, magiquement transformées en jolis pantalons, le souci de la brave servante qui ne veut pas qu’on regarde les derrières de poule, le sac à piasses du quêteux, une médaille à épingler sur le corps de laine d’un jeune mari impénitent.

Ce livre ressemble à Yvonne : il est net, il est écrit dans une langue directe, claire. Beauté et tendresse savent laisser place à l’une des pages les plus touchantes du recueil : La table. L’auteure, sans complaisance, nomme la peur devant le diagnostic sans trop s’y arrêter cependant. Fidèles à eux-mêmes, Claude et Yvonne veulent vivre !

Je parlais plus haut d’une famille donnée. En plus, six petits-enfants, déjà grands maintenant mais qui furent petits, ont prolongé la vie. Le choix des tableaux de l’auteure-artiste, reproduits d’une page à l’autre, illustre, dans un je ne sais quoi d’esthétique et de recherché, la poésie rutilante de cette couronne d’enfants.

Mariette Bergeron-Tremblay

Outremont, 11 juillet 2007

lundi 16 juillet 2007

~~~Anecdotes~~~

Albertine, la poule et l'oeuf

Ma mère a survécu à ma naissance par miracle et resta de santé fragile. Pour lui venir en aide, une de ses tantes lui passa Albertine, une vieille fille de 25 ans qui s’était donnée à titre de bonne. Tout le monde aimait Albertine, cette femme forte et vaillante, timide à en être sauvage, mais fiable comme un chien de garde auprès des enfants.

Un jour qu’elle me gardait pendant la messe dominicale (je devais avoir environ trois ans) j’ai échappé à sa surveillance, tout attirée par une poule qui picorait dans la cour. Petit à petit, j’ai suivi la poule jusqu’au poulailler. Là, c’était des dizaines de poules qui piaillaient dans une cacophonie envoûtante. Je lève mes yeux et j’aperçois au sommet de petites échelles de multiples niches. Je m’avise de grimper là-haut… et ce que j’y vois me fascine : une poule accroupie est occupée à pondre, me laissant voir d’abord un cercle blanc qui se referme à quelques reprises, puis me livre sur la paille un bel œuf tout rond. Médusée, j’entends à peine les cris d’Albertine qui m’appelle de sa voix angoissée: «Où’s’ que t’es?...» Tout à coup, la porte du poulailler s’ouvre et me voilà prise en flagrant délit…« A-t-on idée de r’garder pondre une poule! Viens t’en à la maison!» Elle me prend la main et me ramène juste à temps pour le retour des gens de la messe.

Encore illuminée de ma découverte, je raconte à maman ce que j’ai vu. Merveilleux! me dit-elle, en me prenant dans ses bras. Albertine murmure en bougonnant:

Voir si on regarde ça, des derrières de poule!...



Yvonne Tremblay à 5 ans

Yvonne Tremblay le 1er juillet 1936


Mes premiers pantalons


Ma
soeur Gillot avec son tempérament volontaire a amené bien des changements dans les habitudes archaïques de la famille. Elle était à la tête d
es quatre petites et savait faire bouger les choses.

Un jour, elle devait avoir 15 ans, elle demande à mon père la permission de porter des pantalons. Celui-ci s'y oppose parce que ce n'est pas une tenue convenable pour des filles qu'il dit, mais surtout parce qu'il n'a pas d'argent pour cela.

Qu'à cela ne tienne, avec son esprit créatif, ma soeur décide d’utiliser des poches de sucre en coton pour réaliser les pantalons rêvés. On utilisait souvent d'ailleurs ce bon tissu pour en fabriquer des serviettes à vaisselle ou des draps. Il s'agissait de faire disparaitre à l'eau de javel l'inscription SUCRE SAINT-LAURENT SUGAR imprimée en rouge et le coton pouvait se prêter à tout.

Une fois le coton blanchi, nous devions le teindre dans des bassins de teinture Ampolina. Je me souviens de la couleur de chacune:
vert foncé pour Marie, brun pour Madeleine, marine pour Gillot et un beau bleu moyen pour moi.

Je ne me lassais pas de regarder ma grande soeur habile couper le tissu et coudre en une vitesse de professionnelle les quatre paires de pantalons qui nous allaient à ravir.


À l'heure de la présentation, papa d'un sourire a salué l'évènement historique en nous appelant ses quatre petits gars manqués.

Et nous, nous avons porté ces pantalons avec fierté jusqu'à la fin de l'été même si à la longue le soleil en avait affadi les couleurs.

Les 4 petites en 1938


Héros de mon enfance


Il s'appelait Laurent. C'était un garçon de la ferme voisine, celle de Monsieur John. Enfants, nous n'avions pas la permission, sauf raison spéciale, de dépasser la ligne qui séparait nos terres respectives. Cette ligne était délimitée par une clôture de pieux et un fossé au fond duquel coulait un petit ruisseau. Là où la route le traversait, il y avait un ponceau que nous appelions tout simplement calvette.

J'aimais beaucoup jouer à cet endroit, y cueillir des petites fraises, m'asseoir sur le bord de la calvette, regarder couler l'eau, y jeter en amont des bateaux imaginaires faits de brindilles que j'allais récupérer en aval.

Un jour où j'étais assise pieds ballants au dessus du ruisseau, arrive le beau Laurent tout fier de me montrer sa capture de grenouilles. Il s'assoit près de moi et me raconte qu'il les attrape pour les vendre à l'hôtel du village. Il y a du monde qui mange des cuisses de grenouille, me dit-il.

Je n'en revenais pas. Mais plus encore j'étais impressionnée par son côté chasseur et débrouillard. J'avais devant moi un véritable héros. Sans doute a-t-il vu dans mes yeux mon admiration, puisque tout à coup il osa: Quand je serai grand, c'est toi que je veux marier. Veux-tu?

J'ai dit oui! J'avais six ans.

Le temps a passé. Je l'ai revu il y a quelques années aux funérailles de son père. Il a gardé le même sourire et la même spontanéïté: Viens-tu des fois voir ton père à Métabetchouan? Quand tu viendras, organise-toi donc pour faire un flat devant ma maison...

Ma voiture n'a jamais eu de panne devant chez-lui, mais il demeure le héros de mon enfance.




Eugénie Lapointe, Raoul Tremblay, Onésime Tremblay, Inconnue, Jean-Charles Villeneuve, Cécile Tremblay, Odina Potvin, Hermias Villeneuve et madame, Cécile Gagnon, fille de John Gagnon


Les surprises


Enfants, faire des surprises à maman était d’un tel plaisir que même les tâches fatigantes devenaient légères et agréables. L’attitude de maman y était sans doute pour quelque chose : sa surprise et sa joie semblaient si réelles que nous étions comblées.

Notre défi était de ne pas attirer son attention quand par exemple on se levait le matin à l’heure des poules pour aller sarcler le jardin.

Gillot, la plus grande des petites, faisait la répartition des tâches. Elle confiait à Marie et à moi les rangs des plantes à feuilles larges, faciles à identifier, comme les gourganes et les fèves. Les rangs de carottes et de fines herbes dont les feuilles courtes et étroites ne sont pas faciles à distinguer demeuraient sa responsabilité et celle de Madeleine.

À genoux sur une poche de jute nous allions avec entrain tout en jetant de temps en temps un œil sur l’avancement des autres. Nous avions parfois le temps de sarcler de longs rangs du potager avant que maman nous arrive toute surprise et ravie de découvrir ses vaillantes à l’œuvre. La voir heureuse était notre récompense, mais sans l’avoir sollicitée, elle nous donnait comme prime 10 sous du rang…

Il y avait aussi une autre surprise que nous aimions bien faire à notre mère : revenir des framboises en simulant en avoir peu cueillis. Une de nous quatre rentrait la première en montrant son «videux» à moitié vide… Maman disait : «Comme c’est dommage. Vous avez marché si loin par cette chaleur et vous en avez trouvé à peine pour une tarte.»

Les trois autres faisaient alors irruption dans la maison en riant et déposaient à ses pieds deux grandes chaudières remplies de fruits vermeils!

C’était le bonheur… et cela nous valait un beau bec…!

Souvenir olfactif

Mon père, excellent conteur, était aussi capable d'imiter les personnages de ses récits avec le ton et les gestes dignes d'un acteur.

Sa réputation alla aux oreilles des anthropologues Marius Barbeau et Jean Palardy qui un jour vinrent enregistrer par la voix de mon père des histoires savoureuses des anciens.

Pour accueillir cette grande visite, la table avait été dressée dans la salle à dîner. Nous, les enfants, mangerions dans la cuisine.

Nos visiteurs arrivèrent avec deux présents impressionnants: un énorme panier de pommes rouges odorantes et une grosse meule de fromage Oka d'une odeur épouvantable.

Pendant le repas, des bribes de conversation me parvenaient de la salle à dîner et j'entendais les grands vanter le fin produit des moines d'Oka.

Comme j'étais contente ce jour-là de manger à la cuisine loin du champ olfactif de ce fromage malodorant et de croquer à pleines dents une savoureuse pomme rouge...

Depuis, le Oka a perdu son odeur repoussante... Mais aux dires de certains, il aurait aussi perdu sa finesse d'antan.

Objets inanimés


«Objets inanimés, avez-vous donc une âme...» [1]


La grosse roche érigée comme un monolithe devant la maison de mon enfance avait une âme. Je ne saurais dire sa taille mais elle me semblait énorme. Avec le temps, c'est fou ce qu'elle est devenue petite.

En hiver, elle disparaissait sous la neige. Au printemps, elle réapparaissait, accueillante à nos jeux d'enfants.

Elle ne se laissait pas facilement escalader. Ses pentes abruptes ne pouvaient se monter que du côté nord où il y avait un pallier et quelques failles qui nous permettaient d'accéder à son plat sommet. Là, l'imaginaire nous attendait.

Mes trois soeurs et moi devenions tour à tour: reine, fée, sorcière, maîtresse d'école, infirmière, mère de famille, actrice, abbesse, magicienne, lectrice et autres... au gré de notre fantaisie.

Ou encore tout simplement s'y étendre au soleil, c'était déjà le bonheur!

Théâtre de nos rêves d'enfants, «objet inanimé, tu as une âme... qui parle à notre âme et la force d'aimer.»


[1] extrait de Lamartine: MILLY, (ou la Terre natale)

Une histoire de pêche


Autrefois, on fabriquait presque tout, même les cannes à pêche. C’était simple : une branche d’aulne, une corde à saumon, une épingle que l’on courbait. Le tout attaché solidement et nous étions prêtes pour la pêche miraculeuse. Ce qui arriva un jour.


Nous, les quatre petites, étions allées tenter le brochet au Petit lac. Gillot, munie de sa nouvelle canne, s’avance dans l’eau et y jette sa ligne. À l’instant même elle sent que ça mord et que, de toute évidence, elle a affaire à un gros poisson. Elle tire de toutes ses forces. La perche casse. D’un geste vif, elle saisit la ligne à deux mains, tient bon, essaie d’épuiser la bête, mais n’y arrive pas. À bout de force, elle crie : «Venez m’aider!» Nous courons à son secours. À quatre, tenant la ligne et Gillot qui peine à se tenir debout, emportée qu’elle est par la bête, nous tirons péniblement le mastodonte agité vers la grève. C’est un énorme brochet comme jamais nous n’avions vu.

Je me demande comment nous avons fait pour le traîner jusqu’à la maison.

Mon père l’a pesé et a déclaré son poids haut et fort : «vingt livres

Ceci n’est pas une blague. C’est une véridique histoire de pêche.



Claire, Yvonne, Madeleine, Gilberte, Cécile, Charles-Eugène, Marie-Ange, Marguerite, Germaine, Eugénie Lapointe, Raoul et Victor Tremblay


Coquetterie


Ma grande sœur Cécile était la couturière attitrée de la famille. Dieu sait comment elle était habile et raffinée dans ses créations.

Cet été là, elle m’avait confectionné un bijou de petite robe du dimanche, en peau d’ange bleue, à col claudine, enjolivé de petites fleurs blanches en dentelle brodée. Je la portais avec coquetterie.

Ordinairement, nous nous changions de vêtements en revenant de la messe. Mais comme nous attendions de la visite à dîner, j’avais gardé ce jour-là ma belle robe.


Pour passer le temps, j’enfourche la grosse bicyclette CCM double de mon frère et m’en vais me balader. J’en étais à mes premières expériences de cycliste mais je me sentais à l’aise… sur le plat.

D’enthousiasme, je m’aventure dans la côte de l’école. Au début, tout va bien, mais la vitesse augmente… Je ne sais plus m’arrêter! De toutes mes forces, je pèse sur les freins. La bicyclette dérape et me voilà projetée tête première sur le gravier.

Catastrophe : j’ai tout le visage éraflé et ensanglanté. Pire encore, ma belle robe est toute déchirée…

Je ne sais pas ce qui m’a fait le plus mal : ma blessure au visage ou à ma coquetterie?


Le bandeau


Les jours de l'An de mon enfance, toute notre famille se rendait à Hébertville pour rencontrer la parenté de ma mère. Il nous fallait trois carrioles. Nous avions dix milles à parcourir pour nous rendre chez les Lapointe. Bien emmitouflés dans de grands châles et tassés dans la voiture sous une peau d'ours, nous nous laissions glisser allègrement au son des clochettes. La caravane finissait par arriver malgré froidure et parfois tempête.

C'était un événement festif: rencontre de nos cousins et cousines, abondance de bons mets, et surtout la spectaculaire distribution des étrennes du seigneur de la rencontre, notre oncle Monseigneur Eugène Lapointe. Ce cher oncle nous étonnait par le bon goût de ses somptueux cadeaux qu'il attribuait honnêtement à une cousine de Chicoutimi à qui il donnait chaque année le mandat de trouver ce qui ferait plaisir à chaque neveu et nièce. Je me souviens de ma toupie chantante aux sons et couleurs splendides, de ma poupée qui pleure quand on la penche et du bracelet avec pierres incrustées...

Une année, ma soeur Germaine reçut un bandeau en argent à trois branchons. C'était à ses yeux un bijou à nul pareil qu'elle déposa fièrement sur sa tête. Je ne serais pas surprise qu'elle l'ait même gardé pour dormir cette nuit-là.


Le lendemain matin, nous devions rentrer. Ô surprise, un verglas avait durant la nuit recouvert la neige d'une épaisse couche de glace. Prudemment, à la queue leu leu, le cortège de voitures prit la route du retour.

À mi-chemin, malgré toutes les précautions, la carriole conduite par papa se met à dévaler dans le ravin. Tom, le cheval, est emporté par la voiture et tombe sur le flan. Mon père saisit Tom en croupe, nous intimant de sortir au plus vite. Quelques secondes plus tard, pour se sortir de sa mauvaise posture, le cheval lance ses sabots à l'endroit même que ma mère venait de quitter!

Nous étions en face de la maison d'une famille connue. Celle-ci nous accueillit pendant que papa et mon frère Charles-Eugène réparaient l'attelage. Tout à coup, Germaine constate avoir perdu son bandeau. Ce doit être en tombant... confie-t-elle à la grande fille de la maison qui lui promet d'aller faire des recherches sur les lieux le plus tôt possible.

Quatre mois plus tard, à la messe du dimanche, Germaine reconnaît son bandeau sur la tête de cette fille. L'Ite, missa est est à peine prononcé qu'elle court réclamer son bandeau. Étiennette, c'était son nom, jure froidement que ce bandeau lui appartient et refuse net de le lui remettre. Ma soeur a toujours été convaincue qu'il s'agissait de son bandeau et n'a jamais oublié cet accident. Moi de même.

Quarante ans plus tard, dans un tableau intitulé Les grandes des années quarante où je représentais mes quatre soeurs aînées: Marguerite, Cécile, Claire et Germaine, je me suis fait un grand plaisir de peindre sur la tête de cette dernière le fabuleux bandeau.

Grâce à la magie de l'art, justice aura été rendue.


Mon premier cinéma


C'est par personne interposée que j'ai vu mon premier film... Et j'ai eu droit à plusieurs représentations...

* La salle obscure était la grande salle de la maison familiale.
* La musique de fond: le crépitement du feu dans le poêle à trois ponts.
* L'écran de projection: mon imagination.
* C'était en 1938. J'avais 7 ans.

Ma soeur Madeleine avait eu la chance de voir dans un vrai cinéma de Chicoutimi: Rose-Marie avec Nelson Eddy et Jeanette MacDonald. Elle en était revenue émerveillée.

Je ne me lassais pas de l'entendre me raconter cette histoire romantique.

La projection imaginaire se faisait ordinairement le soir après souper. Madeleine racontait avec force détails les scènes du film. Je l'entends encore me décrire les Rocheuses canadiennes, les Plaines de la Saskatchewan... la rencontre amoureuse de Rose-Marie et du beau Jim de la Police Montée... Une belle histoire d'amour qui me faisait rêver...

Arrive une dure épreuve: Jim se voit faussement accusé de meurtre! Grâce à Rose-Marie et à la bonne foi de Jim, les gendarmes arrêtent le vrai coupable. Les amoureux sont de nouveau réunis.

Dans ce film, on chantait de très beaux airs. Madeleine terminait toujours son récit en chantant la chanson thème: O Rose-Marie, I love you...

Comme c'était beau!

Le quêteux


On le voyait de loin sur la route avec ses deux longues cannes, ses besaces en bandoulière et ses boîtes en fer blanc suspendues à son cou: Pierre Dumont, notre quêteux, personnage spectaculaire et énigmatique. Énorme, cheveux longs, barbe hirsute, il semblait sortir tout droit des contes de Dickens. On ne savait rien de lui. Il ne parlait que pour demander le nécessaire.

Deux fois l'an, il nous arrivait et restait chez nous durant trois jours, au grand dam de notre bonne Albertine qui en avait peur. Un jour, alors que notre visiteur venait à peine de partir, elle découvre sous le lit un sac de grosse toile rempli d'argent. Sans hésiter, elle court rejoindre notre quêteux sur la route, lui tend l'objet: «Tenez, Monsieur Dumont, votre sac à piastres!» Elle a eu droit en retour à un regard foudroyant. Depuis ce temps, un mystérieux malaise demeurait entre eux.

Six mois plus tard, il revint, comme d'habitude, toujours aussi peu loquace.

Durant les quelque vingt ans qu'ont duré ses visites, les seuls livres qu'il réclamait étaient nos manuels scolaires de géographie. Là, il entrait dans un monde qui le passionnait. Sa lecture était ponctuée de ho, de ha et de longs soupirs. Quelques questions nous ont laissé croire qu'il avait beaucoup voyagé de par le monde.


Son légendaire mutisme ne l'empêchait pas cependant d'exiger certaines choses de façon péremptoire. Par exemple, il disait à Albertine: «Ton thé n'est pas assez fort! Je veux du thé fort!» Sa façon de boire ne passait pas inaperçue: il le versait dans la soucoupe et le happait bruyamment.

La dernière fois qu'il est venu, c'était deux jours avant Noël. Nous devions célébrer les fiançailles de ma soeur Marie le soir du 25. Mes parents se sentaient à la gêne par la présence encombrante de notre vagabond pour la circonstance. Un coup de fil à cousin Paul Maltais chez qui il devait se rendre le lendemain a réglé la situation. Avant que papa aille le conduire, maman lui donna ses étrennes: deux paires de bas de laine tricotés de ses mains. Il les accepta tout en disant: «J'aurais aimé mieux des mitaines...»

- Vous en aurez l'an prochain, Monsieur Dumont!

Il n'est pas venu les chercher... pour cause de décès.

Deux cavaliers

Ce fut pendant les fêtes du tricentenaire de la découverte du Lac St-Jean (1947) où j’ai rencontré Raymond que j’aimais bien et Claude que j’ai tout de suite aimé.

Un soir, Claude étant à la maison, nous arrive, sans s’être annoncé, le beau Raymond tout fringant d’assurance. Il entre du côté de la cuisine et voit au salon d’un coup d’œil en enfilade mes sœurs avec leur cavalier et… Claude assis près de moi.

Mal à l’aise devant cette situation, il dit à mon père : «Je pense bien que je mange de l’avoine à soir!»

- Tu es capable de faire face à la musique, lui dit Papa.

Il ne pouvait dire mieux au talentueux musicien qu’était Raymond.

Mon ami salue la compagnie et va droit s’asseoir au piano.

J’ai eu droit au plus touchant récital. Le piano servit d’exutoire à son cœur blessé. Les morceaux les plus romantiques défilèlent sous ses doigts pour terminer par quelques pièces à message : Papillon tu es volage; Plaisir d’amour ne dure qu’un moment, chagrin d’amour dure toute la vie

Dès la fin de son récital inattendu, il salua de nouveau la compagnie et prit la porte

Je sais pertinemment que son chagrin a duré toute sa vie. Il me l’a confessé l’an passé avant de mourir.

Mon grand-père

Mon grand-père paternel m'aimait beaucoup et je l'aimais aussi. Lorsque je suis arrivée au monde, il demeurait le seul aïeul vivant de ma famille, le seul modèle de cette génération. Et quel modèle!

Grand de taille, droit comme un chêne, il dégagait l'image d'une force physique et morale à toute épreuve. Sa réputation de meneur d'hommes dans la construction du chemin de fer transcontinental canadien et surtout son rôle de Président du comité de défense des propriétaires des terres innondées dans «l'affaire du lac» aura fait de lui un colosse reconnu.

Cependant, c'est son affection pour moi qui me le rendait important. Grand-père s'attachait toujours au dernier-né de la famille. J'ai eu la chance de demeurer la toute dernière. De ce fait, je suis restée l'objet privilégié de son affection. À ses yeux, j'étais sans défaut. (Il commençait à souffrir de myopie...)

Il passait la majeure partie de ses journées dans sa chambre ou dans la chapelle familiale et je n'ai jamais compris comment il reconnaissait mon pas lorsque je passais tout près. Alors, il m'appelait: «C'est toi, ma p'tite fille? Viens me voir un peu.» Alors je m'assoyais près de lui et je l'écoutais me raconter de beaux souvenirs...

Parfois il me demandais de prier en sa compagnie, de dire un ou deux chapelets... Il avait fait la promesse de réciter dix chapelets par jour. S'il était dérangé, il demandait de l'aide et comptabilisait à son compte le nombre de personnes qui voulaient bien (?) égrener un chapelet avec lui.

Une chose que je n'aimais pas chez lui c'était ce rituel auquel il insistait à la fin de chaque repas, celui de me donner un gros bec au passage. est donc ma p'tite fille... que je prenne mon dessert... Il marquait ainsi son affection en laissant sur ma joue des séquelles de sa dernière gorgée de thé. C'est probablement là que ma mère m'a appris à accueillir avec les yeux du coeur.


À la veille de mon départ pour l'école normale de Nicolet, Grand-père me fit venir à sa chambre. Je le vois encore assis dans son fauteuil de cuir et me dire de m'asseoir près de lui. Son air sérieux me dit qu'il a des choses importantes à me dire. Il tient dans ses mains une enveloppe qu'il me tend: «C'est pour payer tes études...» Demande à ta mère de te faire un petit sac en coton pour déposer cet argent et tu l'épingleras sous ta camisole. On n'est jamais trop prudent quand on voyage en train...

Ensuite, de son regard bleu triste et plein de larme, il me dit qu'il allait partir bientôt. J'ai senti que c'était sérieux: je ne reverrais plus. Il avait 91 ans.
Deux mois plus tard, une lettre de maman m'annonce son décès et me décrit en détails la cérémonie funèbre présidée par ses fils prêtres. Je n'ai pas compris pourquoi on ne m'avait pas fait venir pour l'accompagner une dernière fois. On avait peut-être sous-estimé l'importance qu'il avait pour moi.

À mon retour à la maison, ma mère m'a remis les deux choses qu'il m'avait léguées: des jumelles achetées sur le paquebot lors de son voyage en Europe dans les années 1920 et sa couverture en laine douce que j'ai toujours vue sur son lit. Celle-ci, bien qu'un peu usée, revêtait une valeur symbolique pour moi: la douceur de son amour pour sa petite nichouette.


Deux lettres

Septembre 1947, retour à l'école normale de Nicolet après des vacances romantiques. Retrouvailles de mes copines, reprise des cours. Tout va...

Un matin en rentrant dans la salle de cours, ma titulaire me dit que la soeur directrice veut me voir. Pourquoi? Aucune idée.

Le couloir pour m'y rendre me paraît interminable. Soeur Thérèse du carmel à l'allure sévère m'accueille froidement: «Assoyez-vous, Mademoiselle!» La religieuse va droit au but: «Savez-vous qu'il est interdit de correspondre avec des garçons ici? Vous avez reçu deux lettres de jeunes gens.»

Elle me montre les deux lettres provenant du petit séminaire de Chicoutimi: l'une de Claude, l'autre de Raymond. Ne sachant à quoi m'attendre, je plaide l'innocence...

- Comme toute lettre demande une réponse, vous allez leur écrire et leur dire que notre règlement l'interdit. Et elle me remet les deux lettres.

J'allais prendre congé lorsque soeur directrice m'arrête et en souriant ajoute: «Puis-je me permettre de vous dire, Mademoiselle, que, des deux, Monsieur Gagnon me plait beaucoup. Il est plus sérieux que Monsieur Tremblay... je pense.»

Chère soeur Thérèse du carmel, est-ce ainsi que vous avez orienté ma vocation?


Yvonne, Marguerite Tremblay, Eugénie Lapointe, Madeleine et Monique, à Nicolet, en novembre 1947.


Prudence


Ma future belle-maman m'impressionnait beaucoup par ses nombreuses qualités. Très bonne, elle était aussi très critique envers autrui, à fortiori envers celle que convoitait son fils. Cela m'incitait à user de grande prudence dans mes propos.

Un jour cependant, je laissai aller ma spontanéité; ce qui aurait pu me coûter son estime.

À l'époque, mon travail d'enseignante à Chicoutimi me permettait un autre emploi dans un magasin que j'aimais beaucoup: Le Royaume de l'Élégance, où on vendait des vêtements très chics pour une clientèle très chic.

Au cours d'un dîner chez mes futurs beaux-parents, madame Gagnon me demande si j'aime toujours mon travail d'appoint au Royaume de l'Élégance.

- Oui, bien sûr; c'est si agréable de travailler dans le «beau». La clientèle est aimable en général. Mais parfois, quand il m'arrive madame unetelle avec son accent pointu et qui me fait comme ça l'étalage de sa vie mondaine... ah! là, je changerais de boutique.

Et me voilà partie dans une tirade théâtrale avec geste et mimiques:
« Mademoiselle Tremblay, auriez-vous une petite toilette très haute couture pour moi? Je suis invitée à un coquetel demain soir chez monsieur le maire. Tous les gens bien de la ville y seront et, vous comprenez, je me dois d'être bien mise. Imaginez-vous, mademoiselle, qu'à la réception chez madame Crevier la semaine dernière, madame Talbot portait une robe identique à la mienne. On m'a dit qu'elle s'habillait à Québec. C'était pour le moins décevant. Cette fois je veux oser et j'ai vu dans un magazine récemment que le rouge était à l'honneur. Auriez-vous une robe légèrement décolletée de cette couleur?»

Curieuse, ma future belle-mère me demande le nom de cette dame. Je fais pour mon plus grand malheur l'indiscrétion de lui révéler qu'il s'agit de madame L.D.

L'entendant nommer, elle s'exclame: «Mais c'est ma cousine!» et d'ajouter: «Elle est très distinguée vous savez...»

Quelle imprudence j'avais commise!


L'inspecteur


Dans nos écoles d'autrefois, l'inspecteur était un personnage influent et redoutable. Il faut dire que sa nomination tenait souvent plus du politique que du quotient intellectuel. Je l'ai appris personnellement.

J'enseignais alors à Chicoutimi au niveau primaire. J'aimais mes «petits» et ils m'aimaient bien. La directrice, une religieuse du Bon-conseil, m'appréciait aussi. Tout allait bien jusqu'à ce que l'inspecteur Poulain me donne une note équivalant à un échec, non pour mon incompétence pédagogique mais pour activités «immorales» dans mes loisirs.

L'inspecteur avait ouï dire que je dansais avec Les Amis du Tréteau, une jeune troupe de théâtre du Saguenay à laquelle était associée une école de ballet où je suivais des cours. Monsieur l'inspecteur décréta qu'«une enseignante ne peut se permettre d'exhiber ses cuisses sur une scène.»

Par ce décret, monsieur l'inspecteur venait de signer ma fin de carrière dans l'enseignement sans autre forme de procès.

Je consulte oncle Victor en qui j'ai confiance. Je lui parle de la tuile que je viens de recevoir. Sa réaction (tout saint prêtre qu'il soit) n'a pas tardé: «T'occupes pas de Poulain. C'est un être obtus.»

Heureusement, il y avait un moment que le propriétaire du Royaume de l'Élégance me sollicitait pour travailler à plein temps dans son magasin. J'acceptai ce travail que j'aimais et... j'ai continué mes cours de danse.

Bye, bye, monsieur l'inspecteur!


Une antiquité


J'ai toujours vu le petit coffre dans le grenier. Il était recouvert d'une cretonne fleurie, d'un rose affadi, usée par le temps.

Quelques mois avant mon mariage, ma belle-soeur Thérèse me demande si je veux bien troquer ma valise de couvent contre le petit coffre. Son fils Roger s'en allait pensionnaire dans un collège et il lui fallait une valise. Comme les deux contenants sont de même dimension, tu pourrais transférer ton trousseau de l'une à l'autre... J'ai eu peine à dissimuler mon hésitation. Je me voyais perdre au change. Mais le coeur l'a emporté. Toute contente, Thérèse m'apporte le coffre bien nettoyé et m'aide à transposer couvertures, draps et serviettes de mon trousseau dans son nouvel habitacle. Deux ans plus tard, voilà que notre coffre trouve une nouvelle vocation: bac de rangement pour les jouets de notre petit Yves.

Un jour, Claude découvre, par un angle dégarni, que le petit coffre est assemblé en queue d'aronde. Les questions fusent: «D'où vient ce meuble? Depuis quand était-il chez nous?»

La réponse vient de mon père, confirmée par Oncle Victor, notre historien: «Ce coffre appartenait à notre aïeul François Tremblay. Il contenait le bagage de celui-ci, âgé de 19 ans, lors de son arrivée au Saguenay en 1838 avec la Société des Vingt-et-un.»

J'avais donc hérité par hasard d'une pièce patrimoniale de la toute première heure de mon histoire familiale en terre saguenéenne. Loin d'avoir perdu au change, j'avais en main une antiquité significative.

Bien décapé, le petit coffre depuis, fait oeuvre de boîte à bois pour le foyer. Il alimente la flamme du souvenir et me parle au cœur.


Le cadeau de noce


Dix-huit juin 1954. Demain, jour de mon mariage. c'est l'effervescence à la maison de Kouchepagane. On nettoie la cour, coupe le gazon, astique le jardin afin de recevoir les invités qui festoieront à l'extérieur. Mon papa veut que tout soit convenable.

Tout à coup, une vieille voiture arrive avec deux hommes à son bord. Le plus âgé descend portant un paquet dans ses mains. Mon père reconnait son vieil ami, Xavier Côté. Salutations faites, celui-ci d'un air solonnel dit: «J'ai su, Raoul, que tu mariais ta nichouette demain... et je me suis dit que je ne pouvais pas laisser passer l'événement sans venir lui porter un présent.»

Touchée par ce geste, je m'approche et salue monsieur Côté qui me tend le colis.

Bien emmaillottée de papier journal... je découvre en l'effeuillant une impressionnante statue de la bonne sainte Anne...

- Sainte Anne va protéger votre ménage, mademoiselle. Il faudra la prier tous les jours que l'bon Dieu amènera... J'ai aussi une médaille de la Sainte pour votre mari. Vous l'épinglererez sur son corps de laine!

Sa mission accomplie, sans plus de façon, Xavier salue et remonte dans la vieille voiture... satisfait et heureux d'avoir fait un geste important et significatif...

Papa et moi, émus, restons pantois...


Famille de Raoul Tremblay, juin 1954

Famille de Raoul Tremblay, juin 1954

Mariage de Claude et Yvonne le 19 juin 1954

Mariage d'Yvonne et Claude à la maison familiale de Métabetchouan


Madame Belley


Nous venons à peine de rentrer de voyage de noce, les valises ne sont pas rangées, une vieille dame frappe à notre porte.

Elle se présente : «Je m’appelle Lydia Jean Belley. C’est moi qui étais propriétaire des lots où est bâti le quartier. J’habite pas loin d’ici. Comme j’ai su que vous étiez avocat et vous la nièce de Monseigneur Victor Tremblay, je suis venue vous demander votre aide.»

Sitôt assise, elle commence : «J’ai rêvé que je verrais une église sur ma terre avant de mourir, mais je ne sais pas comment m’y prendre. Vous qui êtes instruits, pourriez-vous m’aider?»

Claude lui dit qu’il serait bon de consulter quelqu’un du milieu clérical. Comme nous devons rencontrer bientôt Oncle Victor, il lui promet qu’il en profitera pour lui demander son avis. Pleine d’espérance, cette chère dame prend congé.

En effet, Oncle Victor nous donna le conseil suivant : «À notre évêque vieillissant, il faut non pas des problèmes mais des solutions.»

Un comité de fondation se met à la tâche et se procure les terrains pour la future église. Le projet réunissant tous les critères usuels, il ne reste plus qu’à rencontrer l’évêque et obtenir son acceptation. Les membres du comité estiment qu’ils ne pourront vaincre les réticences épiscopales sans la présence de la colorée Madame Belley.

Pour la circonstance, sa fille Gertrude, fleuriste de profession, lui propose de s’acheter une belle toilette. «Voir si Monseigneur connaît mon linge!» Mais sa fille insiste. La veille de la rencontre, Gertrude fait livrer au nom de sa mère un superbe bouquet de fleurs à son Excellence Mgr Melançon.

C’est donc toute de mauve vêtue (la robe, le chapeau, les gants… même le parapluie!) que Madame Belley, avec la cohorte du comité, se présente timide et confiante devant son évêque.

Elle laisse les membres de la délégation exprimer la requête. Son attitude silencieuse parle à sa manière… puisqu’à la fin, Monseigneur lui dit : «Chère dame, je vous promets de considérer votre demande si bien présentée.»

Alors, dans un mouvement spontané, elle ose : «Ça me gênait de venir vous voir, Monseigneur, mais je vous trouve plaisant.»

Qui sait si ce fut ce mot ultime qui remporta le morceau, puisque peu de temps après, l’évêque lui annonça qu’elle aurait son église.

Le rêve et la détermination de Dame Belley nous aura permis de vivre avec notre famille dans la paroisse Saint-Raphaël de Jonquière, une des plus dynamiques du diocèse.


Les Méridionaux


Dans les années 60, plusieurs paroisses offraient des cours de préparation au mariage aux jeunes fiancés. Ces cours comprenaient différents sujets d'ordres spirituel et matériel. Claude et moi donnions conjointement le cours: «Les premiers temps du mariage».

Un soir, l'enthousiasme m'emporta dans une tirade imprévue et colorée...

Dans le but d'amener les fiancées à être modérées dans l'achat des vêtements à placer dans leur trousseau (leur taille étant sujette à changer après le mariage) je donne l'exemple d'une extravagance dont j'avais été témoin.

- Je connais une femme qui comptait dans son coffre d'espérance un nombre effarant de soutiens-gorge. Elle en avait de toutes les couleurs et de toutes les textures. Elle en avait des blancs, des bleus, des noirs, des jaunes, des verts, des roses... en coton, en satin, en tulle, en dentelle..., et j'en passe!

Et pour accentuer l'affaire, je continue...

- Avez-vous une idée du nombre de soutiens-gorge qu'elle avait? Vous allez être surpris...

Je m'entends dire avec l'accent provençal en plus:
- Trent-te sept!

La plus surprise, ce fut moi...

(Qui a dit que les Saguenéens étaient les Méridionaux d'Amérique?)

La traductrice


Quand Monique et André Ségal, de Bruxelles, sont arrivés au Québec dans les années 60, nous étions impressionnés par leur beau langage et la précision de leur vocabulaire.

Un jour, Monique me demande où elle peut trouver du tissu pour une robe. Je la conduis chez Madame Roy, tissus à la verge, rue Saint-Pierre à Jonquière (Saguenay).


Madame Roy demande à Monique ce qu'elle veut.

- Je voudrais un tergal de couleur pervenche.

Perplexe, la vendeuse se tourne vers moi et me demande ce qu'elle veut dire.

- Un nylon... bleu moyen, dis-je.

Cette chère dame, malgré son expérience, ne connaissait pas encore le tergal et, pour elle, toute fibre synthétique s'appelait «nylon».

Elle sort un carton de tissu d'un bleu plus ou moins foncé: Que dites-vous de ça, Madame?

Monique regarde, touche, examine en tout sens, pour finalement conclure: Ce bleu est un peu trop indigo à mon goût.

Les yeux de Madame Roy se tournent vers moi: Qu'est-ce qu'elle veut dire?

Traduction de ma part: Un peu trop violacé.

Notre acheteuse cherche du regard sur les tablettes, aperçoit un tissu d'apparence denim, le pointe du doigt et dit: Madame, je crois que je vais opter pour ce bleu délavé.

Madame Roy, ravie d'avoir enfin compris, dépose la pièce de tissu sur le comptoir et demande: Combien de verges vous désirez?

Là, c’est mon amie qui reste bouche bée... Il faut dire que nous n'avions pas encore pris le tournant métrique à l'époque au Québec.

- Il ne faut pas te méprendre, ma belle; il s'agit de la longueur dont tu as besoin.

- Oh! …Deux mètres cinquante.

À l'adresse de Madame Roy, je traduis: Trois verges vont suffire...


Ce que nous avons rigolé au retour!

Avant de descendre chez elle, Monique, en riant toujours, me remercie de lui avoir servi d'interprète.

- Ah, Monique... Si tu parlais français aussi!

Minette


C
ela fait déjà 20 ans et j'y pense encore. Minette avait une façon bien particulière de me toucher le cœur. Elle nous était arrivée un jour, par Jean qui l'avait eue je ne sais où. Je m'y suis attachée.

Quoique très indépendante, cette chatte possédait un flair et une compassion qui tenait du mystère. Par exemple, lorsque j'avais à cette époque des crises de migraines terribles qui m'obligeaient à me coucher dans l'obscurité de ma chambre, chaque fois, Minette poussait la porte, sautait légèrement sur le lit, montait doucement sur moi depuis les pieds jusqu'au menton. Là, toute allongée sur ma poitrine, elle me ronronnait des sons touchants, accompagnés d'un mouvement en cadence de ses pattes avant. Allez comprendre...

Un jour Minette a senti sa place prise. Ariane nous est arrivée. Comment expliquer à Minette que notre petite-fille ne changeait rien à nos sentiments envers elle. Rien à faire. Dans sa cervelle de chatte, notre maison était son territoire. Et pour l'exprimer, elle sauta sur le couffin d'Ariane et lui projeta des sons agressifs au-dessus du visage. Il n'en fallait pas plus pour que Yves, jeune papa, me mette en demeure de choisir: «Maman, c'est Minette ou Ariane!» Dès lors, Claude et moi avons décidé de mener notre chatte à la S.P.A. à Chicoutimi.

Minette encore une fois par un mystérieux instinct a tout senti. Elle s'est cachée dans des endroits inhabituels pour se soustraire à la boîte. Finalement, après une course effrénée, Claude a réussi à l'attraper, l'a déposée dans ladite boîte et en a refermé le couvercle. En un temps, Minette a tout fait sauter et s'est encore une fois sauvée dans un coin caché de la maison. Le lendemain, reprise de la scène avec multiple ficelage de la boîte sous les plaintes déchirantes de la prisonnière. Nous nous sentions des traitres.

Tout le long de la route vers la fourrière, Claude se sentait comme un SS menant une innocente au four crématoire.

Je pense encore à elle. Dimanche dernier, sur la rue nous avons croisé une chatte tachetée noir, jaune et blanc. «À qui penses-tu?» demandai-je à Claude. Vous devinez la réponse...

Le gros lot

Notre supermarché habituel à Jonquière se trouvait à quinze minutes à pied de la maison. Comme promotion, un jour, fut lancé un tirage hebdomadaire de 500 dollars. Pour participer, il fallait déposer dans une boîte un coupon, rempli à notre nom, que la caissière nous remettait à chaque achat. Le tirage était radiodiffusé le samedi matin. Le gagnant devait être présent au magasin. À défaut, on lui accordait trois minutes pour s'y rendre, sinon, le lot allait grossir celui de la semaine suivante...

Ce samedi-là, le montant accumulé était de 2 000 dollars. Par je ne sais quelle intuition, je réveille Jean et François en leur disant: Préparez-vous à aller chercher le gros lot qui sera tiré dans quelques minutes! (Il faut dire que j'avais parfois inscrit leurs noms sur les coupons...)

Sorti péniblement du lit, Jean descend le premier à la cuisine juste au moment où la radio proclame le nom du gagnant: «Il s'agit de monsieur Jean Gagnon du 64 de la rue Verchères!» Illico, Jean détale à toute vitesse vers le supermarché, pas chaussé malgré le froid de l'hiver.

Entendant nos cris, François, en pyjama et pieds nus, arrive en flèche, saute dans la petite Renaud et ramasse Jean à mi-chemin...

Pendant ce temps, j'écoute fébrilement à la radio l'animateur faire le décompte: Monsieur Gagnon est-il présent? Il ne lui reste plus que deux minutes pour se rendre... plus qu'une minute... Le gros lot sera t-il reporté à la semaine prochaine? Ah, je vois rentrer quelqu'un... Êtes-vous monsieur Jean Gagnon?

- Oui!!!

Le soir, nous avons joyeusement festoyé aux langoustines, mets fort apprécié de nos deux sprinters.

Le décorum

Monsieur Villeneuve, un ami de mon père, était le beau-père de ma soeur Cécile. Les deux hommes, à la fin de leur vie, se sont retrouvés au même hôpital à Métabetchouan.
Mon père partit le premier.

Le matin de son décès, Cécile va à la chambre de monsieur Villeneuve pour lui annoncer la triste nouvelle: «Papa est décédé ce matin.»

Allongé dans son lit, il lui indique de la main la garde-robe: «Donne-moi mon capot

Sans trop comprendre, Cécile lui obéit et lui apporte son veston d'habit.
Notre vieil homme s'assoit lentement, endosse le veston sur son pyjama, regarde sa bru avec compassion, dresse la tête et, avec dignité, lui tend la main en disant: «Mes sympathies, ma p'tite fille

À 90 ans, il avait gardé le sens du décorum...

Les compagnons

Depuis que nous sommes à Québec, de bonne heure le matin, je vais marcher sur les Plaines. J'y croise des gens de toutes sortes: des jeunes, des vieux, des joggeurs, des solitaires avec chien en laisse, des fonctionnaires avec attaché-case et de simples marcheurs contemplatifs.

Dès les premiers temps, deux vieillards à fière allure ont attiré mon attention. L'un était aveugle. L'autre, qui était voyant, le tenait par le bras et ils causaient sans perdre la cadence de leurs pas rapides. Je ne sais rien d'eux, sauf que, par bribes de conversation saisies au passage, j'imagine qu'ils furent de près mêlés à la politique:

...Au temps de Duplessis...
...Tachereau voyait cela différemment...
...Depuis Lesage...
...J'avais parlé moi-même au ministre...

Chaque fois que je les croisais, ils me disaient: «Bonjour, madame!» avec l'élégance d'une autre époque.
Je me suis attachée à ces deux personnages.

Depuis deux ans, je ne les vois plus. Sont-ils allés marcher sous d'autres cieux? Comment le savoir?
La seule chose que je sais, c'est qu'ils étaient des compagnons bavards et attentionnés.

Ils manquent à ma galerie des promeneurs du matin...

La table


Dans les années 90, ma santé me causait de grandes inquiétudes. J'avais perdu la voix et aucun des quatre spécialistes consultés ici ne m'en avait donné la cause. Connaissant la réputation de la clinique Mayo de Rochester aux États-Unis, spécialisée dans le diagnostic, nous décidons, Claude et moi, d'y aller consulter.

Aussitôt, tout s'enchaîne: rendez-vous, billets d'avion et réservation d'hôtel.

Le soir de notre arrivée, tout confiants dans l'attente de notre rencontre du lendemain avec les médecins, nous nous offrons un délicieux repas au restaurant «First Class» de notre hôtel.

À la table voisine, un couple semble bouleversé de chagrin. L'homme tient amoureusement la main de sa femme. L'un et l'autre essuient des larmes et paraissent incapables de manger.

Nous nous disons qu'ils ont sûrement appris un mauvais diagnostic.

Vingt-quatre heures plus tard, c'est nous qui sommes assis à cette table, qui nous tenons rapprochés et pleurons à chaude larmes.

Nous avions su le nom de mon «bobo».

~~~Quiproquos~~~

L'oubli

Tante Laudéa venait à la maison presque tous les dimanches d'été avec son mari Vincent Doré et ses trois enfants. Ils n'habitaient qu'à trois kilomètres de chez nous mais ils aimaient faire «un tour de machine».

Au moment de leur départ, mon père mettait chaque fois dans la valise un gros sac de légumes frais du jardin. Laudéa se confondait en remerciements, devenait bavarde, excitée, énervée au point d'oublier chaque fois quelque chose. Nous aurions pu faire grande collection de bonnets, châles et autres objets... si le dimanche suivant elle ne venait les récupérer.

Une fois, lors du départ d'une de ces visites dominicales, papa s'enquiert de façon sarcastique auprès de sa soeur si elle n'aurait pas oublié quelque chose...

- Veux-tu rire de moi?! Je n'ai rien oublié aujourd'hui!

Et hop! tout le monde en voiture.

Une demi-heure plus tard, la Ford revient. Laudéa descend seule...

J'ai oublié le bébé sur le lit.

La chorale


J'aurai vécu un jour, de façon surprenante, la traversée d'une haie d'honneur...

J'accompagnais Claude à un congrès du Barreau du Québec qui avait lieu à Chicoutimi. À cette époque, il y avait toujours une messe lors de ces réunions. Elle avait lieu à la cathédrale... et la Chorale Sainte-Cécile, sous la direction de l'abbé Raymond, s'était surpassée en splendeur...

À la sortie, des choristes tout sourire formaient une haie d'honneur sur notre passage. Étonné, Claude demande: «Pourquoi?»

Après un bref moment d'hésitation, l'un des chanteurs se risque en me regardant: «Notre directeur nous a révélé que... s'il n'avait pas la soutane, il serait probablement dans la nef à côté de la dame au costume blanc et au grand chapeau noir... Nous voulions la voir!»

(...Romance en si bémol...)

Le pick-up


Lorsque j'enseignais les arts plastiques à la Polyvalente de Jonquière, j'ai vécu un imbroglio linguistique des plus cocasses.

Un collègue s'amène à notre département et demande si quelqu'un de notre équipe possède un pick-up. «J'en aurais besoin pour une demi-journée!»
-Ça me fait plaisir de vous le prêter, lui dis-je.

Je me lève, cherche attentivement sur les tablettes de l'armoire, scrute les différents recoins de la salle de cours. Il n'est pas là. Un professeur l'aurait-il rangé dans l'entrepôt adjacent à nos bureaux? j'ouvre la porte de ce minuscule réduit, grimpe sur un petit escabeau, déplace mille objets pour enfin atteindre le fameux tourne-disque.

« Je l'ai!» dis-je triomphalement en lui tendant l'appareil. Je vois l'emprunteur qui me regarde d'un air stupéfait.

-…heu... je voulais dire un pick-up,... un truck,... un petit camion quoi!

Longtemps cette méprise de ma part suscita l'hilarité dans tout le département.

Révélation


Mon amie Monique m'accompagne à l'inauguration d'une exposition au Centre Culturel de Jonquière. Il y a une foule chaleureuse et les conversations animées montent en décibels au rythme du vin versé.

J'aperçois au fond de la salle le docteur Beaudoin, le médecin de famille que nous avions au début de notre mariage et qui nous avait laissés pour des études aux États-Unis.

Une idée folle me vient en tête et je dis à mon amie: «Tu vois le bel homme là-bas?» et à voix basse: «Écoute, je vais te faire une révélation: c'est avec lui que j'ai eu mon premier enfant...»

Silence, regard étonné et inquisiteur de la part de Monique. Elle n'a pas le temps de poser la question qui lui brûle sans doute les lèvres puisque je l'entraîne subito presto jusqu'au personnage en question.

Le docteur Beaudoin me salue chaleureusement:

-Comment allez-vous? Et le bébé que je vous ai aidé à mettre au monde... Il a bien sept ans maintenant... Je m'en souviens très bien puisque ce fut le dernier accouchement que j'ai fait avant d'aller me spécialiser en chirurgie.

Monique comprend alors avoir été dupe un instant d'une révélation coquine de la part de son amie.

La maîtresse


[Pour comprendre le récit, il faut savoir que le mari de l'auteure s'appelle Claude. ndlr]

Un jour en visite chez nos bons amis Maria et Gérard Herminjard à Lausanne, j'ai failli déclencher innocemment un scandale. Pour notre plus grand repos, Maria nous avait installés dans l'appartement de leurs voisins, monsieur et madame Claude Moreno, alors en pèlerinage à Lourdes et qui avaient offert d'utiliser au besoin leur logis.

Rentrant d'une longue randonnée, j'ai voulu faire une petite sieste avant le dîner. À peine endormie dans le lit conjugal des Moreno, j'entends tourner une clé dans la porte. Alors, d'une faible voix, je dis: «C'est toi, Claude? (long silence...) Je suis dans la chambre! (silence) Claude?» (long silence...)

Tout doucement, des pas s'avancent, hésitent, reprennent jusqu'à la chambre où je repose. Par l'embrasure de la porte, une jeune femme pointe le nez et demande timidement: «Pardon? Seriez-vous les amis du Québec des Herminjard? Oh! Veuillez m'excuser, je ne savais pas que vous étiez déjà arrivés. Je suis la soeur de madame Moreno et je venais arroser les plantes...»

Toute remuée, la dame va tout de suite raconter sa méprise à Maria et avoue que, même si elle savait son beau-frère très catholique et de surcroît en pèlerinage à Lourdes, elle avait cru un instant qu'il avait une maîtresse...

La langue


Cette année-là, notre destination vacances était l'Autriche et la Tchécoslovaquie. Deux pays dont nous ne parlions pas les langues. Deux pays qui ne s'abordaient pas de la même façon. Nous l'avons constaté.

Dans le premier, fleurs et musique abondaient.

Dans le second, (c'était pendant l'occupation russe) austérité et grisaille prévalaient...

Dès notre arrivée à la frontière, sans explication de la part des douaniers, nous avons été fouillés et retenus pendant des heures face à des militaires armés. Combien nous nous sommes sentis téméraires de nous être aventurés seuls derrière le rideau de fer!

Une fois libérés, nous roulons en direction de Prague sur une large route parsemée de maisons aux volets clos et où on ne voit âme qui vive. Étrange sensation...

Nous roulons jusqu'à ce que la faim se fasse sentir. Nous traversons des villages et ne voyons ni indice de restaurant, ni piéton.

À l'entrée d'une ville importante, nous voyons enfin deux personnes sur le trottoir. Stop. Demande d'informations. Par bonheur, ces deux camarades parlent français! Grâce à eux, nous trouvons une table dans un hôtel au centre de la ville.

Enfin, nous voici attablés. On nous apporte le menu, uniquement en tchèque. Le personnel ne parle ni français, ni anglais. Comment faire? Nous optons pour la logique. Nous pointons dans l'ordre ordinaire: une entrée, une soupe, un plat principal et un dessert. Je remarque un sourire amusé de la part de notre garçon de table. Néanmoins, il prend la commande.

Voici ce qu'il nous apporte successivement: oeuf mayonnaise en entrée, puis une soupe dans laquelle on a jeté un oeuf cru, suivi du plat principal qui consiste en une énorme salade aux oeufs, et comme dessert des crêpes flambées.

(Je n'ai pas cherché à savoir pourquoi dès l'aube le lendemain mon homme m'a réveillé au chant du coq... Ça, au moins, c'est une langue universelle!)



La piqure


En voyage en Espagne, Claude se lève un matin avec une protubérance spectaculaire à la joue droite. Au petit-déjeuner, nos compagnons, Arthur et Micheline, remarquent l'asymétrie faciale de mon homme. Micheline, infirmière de profession, croit que même sans douleur, cela peut venir d'un abcès dentaire.

Un dentiste local corrobore le diagnostic et prescrit un antibiotique. Munis de l'ordonnance, nous nous rendons dans une pharmacie. Nous remettons le papier au pharmacien qui, quelques instants plus tard, nous remet le remède. À notre stupéfaction, nous réalisons que l'antibiotique doit se donner par injection pendant huit jours. Micheline me rassure: «Je vais te montrer comment faire

Le jour même, Micheline me montre comment faire une piqure intramusculaire. Claude, inconfortable dans son corps et dans son âme de devoir mettre à nu son postérieur, n'a pas le choix et se couche à plat ventre sur le lit.

- Tu dois faire une sorte de croix sur la fesse et localiser la partie supérieure externe où tu feras l'injection. Attention, il faut bien déterminer l'endroit, car si tu touches le sciatique, c'est la paralysie...

Me voilà peu rassurée... Mais à la guerre comme à la guerre! Micheline s'exécute avec douceur sous le regard attentif de son élève. Je dois bien savoir la leçon, car nos amis retournent à Québec le lendemain.

Le jour suivant, forte de la confiance de mon infirmière et avec l'assurance d'une pro, je m'exécute. Mise en scène sur le ventre, présentation de siège, Claude attend. Me voilà prête à procéder. Préparation de la seringue, petite goutte, repérage du supérieur externe et... VLAN!

- AÏE!!! crie Claude.

- Pas si fort, lance Micheline.

Me sentant fautive, je corrige le tir, retire vivement la seringue, pique de nouveau et complète l'injection.

Selon Micheline, je n'aurais jamais dû faire ça, mais au dire du patient, ce jeu de dard est devenu au fil des jours un acte médical plus supportable.